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Interview: The Magnetic North « Quand un membre du groupe est passionné à propos de quelque chose, c’est important de faire des compromis. »

Karma Spirit a eu l’opportunité de s’entretenir avec Hannah Peele, Erland Cooper (Erland & The Carnival) et Simon Tong (The Verve, Blur, The Good The Bad & The Queen, Erland & The Carnival). Ce trio formant The Magnetic North ont dévoilé leur second album Prospect of Skelmersdale, hommage à la ville où a grandi Simon Tong.

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Pouvez-vous vous présenter un petit peu ainsi que votre projet? 

Hannah: Je suis Hannah Peele, j’ai rencontré ces deux là (Erland et Simon) quand ils ont sorti un album, je suis allée en tournée avec eux en tant que première partie en Europe. On a fait connaissance. À la fin de la tournée, ils m’ont parlé d’un projet sur lequel ils travaillaient et ça semblait comme une idée magique et complètement folle alors j’ai tout de suite dis: « Oui je veux en faire parti! » donc c’était le commencement pour moi avec The Magnetic North.

Erland: Je pensais à l’opposé de cette histoire. On a trouvé Hannah en tournée et on a découvert très rapidement qu’elle pouvait totalement gérer  l’orchestration, le chant, et à peu près tout. On a toujours pensé qu’il manquait une voix féminine sur l’album qu’on avait commencé à écrire avec Simon. Donc c’était une belle occasion de collaborer et de rafraichir un peu tout ce qu’on avait pu écrire. Ça changeait du rock psychédélique qu’on a pu faire. Donc rencontrer Hannah a été un souffle nouveau, quelque chose de frais, de drôle et d’excitant.

L’album précédent était inspiré par les Orcades (îles d’Écosse: « Orkney ») et ce nouveau par Skelmersdale: êtes-vous plus inspiré par les endroits que vous visitez et leur histoire? Quel a été le processus de création pour cet album? 

Simon: Oui, les endroits et les souvenirs nous inspirent. J’ai grandi à Skelmersdale.

Hannah: Oui, c’était une véritable surprise d’apprendre que Simon avait grandi là-bas. Personnellement je pense que personne ne s’intéresserait à l’endroit où j’ai grandi! *rires*

Erland: On a eu un feeling quand nous y sommes allés, comme pour les Orcades, qui sont les îles où j’ai grandi et qui ont inspiré le premier album.

Hannah: Les paysages nous inspirent.

Simon: C’était un hommage à cet endroit, à ma jeunesse.

Erland: Et c’est important d’avoir un point de vue « interne » de la ville, alors avec Simon c’était quelque chose qui marchait complètement. Souvent quand tu écris sur un endroit, tu as tendance à ne jamais finir ce que tu fais mais avec cette collaboration de toutes les personnes qu’on a pu rencontrer et Simon on a pu finir l’album.

Le premier album était plus cinématographique, tandis que celui-ci est plus orchestré. Comment décrirez-vous ce second album? 

Hannah: Oui, le premier album a complètement le son de la mer, des paysages, de la vie à la mer ce qui représentait les Orcades. Skerlmersdale, tu n’as aucune montagnes, ou d’océan tu es au milieu d’un paysage plat mais finalement tu te rends compte qu’il y a des arbres abondants et beaucoup de verdure au milieu de tous les immeubles. À l’époque de Simon, la ville était en total construction, il n’y avait pas d’emploi, la population était en plein milieu d’un désastre donc on a du trouver quelque chose d’un peu plus humble. On a été inspiré par des films des années 70 et par des photos aussi, des années 70 qui ont des couleurs particulières, c’était ce qui était nécessaire pour nous: on a utilisé des clarinettes et beaucoup de cordes. On avait une palette synthétique sur le premier album qui nous as servi de base pour celui-ci car on voulait quand même garder notre fondation et le reste a été ajouté.

Erland: Aux Orcades, notre son a été inspiré par le temps et les paysages. Cet album, plus par les films et les vibes des années 70.

Pour vous, qu’est-ce qui fait une bonne chanson? 

Erland: Je pense que ce qui vient en premier fera que ta chanson est bonne ou pas. Pour nous, les sons viennent en premier, puis les mélodies et les paroles.

Êtes-vous inspirés par des mots, ou juste un son, vous arrive-t-il de construire une chanson autour d’une chose simple du quotidien? 

Simon: Oui une phrase, ou même un mot peuvent nous influencer totalement.

Hannah: Les images aussi.

Simon: Avec cet album, et le premier aussi, on a essayé d’écrire tous les titres de chansons en premier.

Pour ensuite, construire l’album autour de ce « squelette »? 

Simon: Exactement, oui.

Erland: Cette liste est devenue une sorte de carte à suivre en fait.

Simon: Une carte dans ta tête qui te montre les différents endroits de la ville et les titres des chansons qui leur correspondent. Ce qui permet de nous imaginer une personne qui pourrait écrire ses sentiments, à un endroit précis et ce que l’endroit peut représenter.

Erland: Tout est une question de perception, par rapport aux titres. Pennylanes, par exemple est une chanson remplie d’espoir qui pourtant parle de domaines et de propriétés. Cette chanson en particulier parle d’une famille qui emménage dans une propriété, elle vient d’arriver d’une plus grande ville et cette chanson parle de leur espoir dans ce nouvel endroit qu’est Skelm (ndlr: abréviation pour Skelmersdale). C’est une chanson qui raconte une véritable histoire.

Exactement; votre album est comme une histoire qu’on suit du début à la fin…

Simon: Oui, c’est l’histoire des personnes de cette ville. C’est une très petite ville de base, dans les années 60 ils ont construit une nouvelle ville, donc toutes les personnes de Liverpool et des autres villes un peu plus pauvres ont emménagé à Skelm, avec l’espoir d’y trouver un travail et donc de l’argent. Mais la réalité était qu’en fait il n’y avait aucun travail et que c’était un aussi mauvais endroit que celui qu’ils venaient de quitter. À la fin des années 70, début des années 80, la communauté de Méditation Transcendantale est venue s’installer à Skem, donc il y a eu un nouveau groupe de personne qui y es arrivé.

Une nouvelle dynamique s’est donc mise en place? 

Simon: Oui, tout à fait. Ils ont apporté beaucoup d’optimisme avec leur méditation. Ils ont apporté de la positivité à un endroit complètement déprimant.

Hannah: Il y a une très belle photo de la ville, qui montre un graffiti sur le sol disant « Meditate For Peace » (« méditez pour la paix ») donc ça montre un peu ce que cette communauté a pu apporter.

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Erland: Il y a cette légende que la communauté TM (« Transcendantal Méditation ») méditait ensemble, et alors une radiation de bonnes ondes serait libérée et elle réduirait le taux de crimes dans la ville, et se répandrait dans tout Skelm. Aussi « débile » que ça puisse paraître, ça a apporté beaucoup d’espoir dans cette ville.

Hannah: Les gens ont commencé a de plus et de plus emménager là-bas.

Erland: C’est une ville très particulière.

Notre prochaine question concerne votre artwork. On a pu s’apercevoir  qu’il s’agissait que des photos en noir et blanc et on se demandait si ça été choisi dans le but que le public se plonge dans la mémoire de Skelmersdale?

Erland: C’était une sorte de sérendipité: ces photographies. On recherchait un photographe pouvant nous photographier sur place et donc on cherchait des photos qui pourraient nous plaire pour s’inspirer. La première série de photos que nous avons trouvé était de Stephen McCoy qu’il a fait en 1984 — ce qui est amusant vu que Simon a emmenagé à Skelm cette année là. On l’a appelé en lui disant « On adore vos photos de Skelm! », personne ne l’avait jamais contacté pour ces photos, car personne ne connait vraiment cet endroit. Donc on a parlé pendant une heure, je m’en souviens parfaitement. Puis le lendemain il nous a prit en photo et le surlendemain il a accepté qu’on utilise toutes ces photos pour créer notre artwork. Donc ça été un déclic pour tous en réalité. C’était l’accord parfait.

Hannah: Ça représente la communauté, les personnes.

Erland: Cette période a précisément été importante lors de la création de l’album.

Simon: C’était une très belle coïncidence de rencontrer Stephen à vrai dire, et de revoir des photos qui avait été prises à cette époque. Il y avait cette photo d’une femme enceinte, et on se demande où est-elle maintenant? Depuis qu’on a sorti quelques chansons sur Twitter, avec leurs artworks des habitants de Skelm nous envoient des messages en disant qu’ils reconnaissent telle ou telle personne ce qui est génial.

Erland: Une personne d’Amsterdam nous a envoyé une photo aussi en nous disant: « Mais j’ai un tatouage de la ville, du logo sur mon bras! »

Hannah: Il avait jamais entendu parlé de la ville!

Erland: C’est drôle, oui de rencontrer plusieurs personnes nous disant qu’ils connaissent les personnes sur ces photographies.

Simon: Nous avons pensé à un projet, où le photographe pourrait retrouver ces personnes et recréer ces photos 30 ans plus tard. Sont-ils toujours vivants? Habitent-ils toujours à Skem?

Erland: Ça serait bien de retrouver la fille sur la cover, celle qui tient les poulets.

Allez-vous donner un concert là-bas?

Erland: Oui en mai, ca semble approprié.

Hannah: On a pas le droit de ne pas y aller *rires*

Donc avoir une forte identité visuelle, avec votre artwork ou vos clips vidéos est quelquechose d’important pour vous? 

Simon: Tout à fait, la plupart des clips vidéos qu’on a fait pour cet album pour le moment sont des extraits de vieux documentaires de la ville. Et donc c’est juste que beaucoup de choses se sont passées à cette époque. Ça semble nécessaire de le montrer dans nos vidéos.

Erland: Il y a aussi cet aspect des années 60, avec une vidéo très granuleuse, très vintage qu’on aime. Aux Orcades, c’était facile d’avoir de beaux et grands paysages, avec le ciel, et l’immensité de la mer. Il semblait nécessaire de trouver des images appropriées à Skelm.

Vous venez tous de milieux musicaux différents. Est-il facile de travailler tous ensemble, ou est-ce que vous êtes souvent en désaccord? Est-ce que c’est grâce à vos différents projets, et histoires, que The Magnetic North est si spécial?

Hannah: Oui, on a chacun appri nos forces et nos faiblesses. On connait les inspirations de chacun. On est à trois, ce n’est jamais facile pour créer l’album. Bien sûr qu’on est en désaccord sur beaucoup de choses, mais on passe aussi de merveilleux moments. Je pense que c’est cette perspective de vivre quelque chose d’incroyable qui fait que nous sommes des personnes sensibles et « sanguines », qui prennent ce travail à coeur.

Erland: Je pense que plus on vieilli, plus on a de fortes opinions en fait. *rires* J’adore ça!

Hannah: Je me souviens de notre violoncelliste assise pendant une répétition, elle était en train de nous regarder nous bagarrer sur ce que voulait chacun. *rires*

Erland: Mais ce n’est jamais négatif. C’est juste qu’on a tous des opinions fortes et que chacun veut se faire entendre. Un bon exemple est la chanson Run of The Mill qui est une reprise de George Harrisson. Hannah l’aimait bien mais Simon et moi la voulions absolument sur l’album, on l’adore.  Elle créée une belle tension sur l’album. Hannah ne la voulait pas sur l’album. Je l’ai donc fait écouter en cachette au label, on y croyait vraiment avec Simon!

Hannah: Un jour en réunion, le label nous as dit qu’ils adoraient et j’étais outrée j’ai dis « Mais qui vous l’a fait écouter!! » *rires* 

Erland: Hier, dans le train pour Paris, Hannah a finalement dit « Je suis si contente qu’elle soit sur l’album, finalement je l’adore. » Tu sais il y a plein de querelles comme ça, parfois Hannah se bat corps et âme pour avoir des arrangements au niveau de l’orchestration. Donc quand quelqu’un est passionné à propos de quelque chose je pense que c’est important de faire des compromis.

Hannah: Je pense que la chose qui nous relie est qu’on a un passé commun. On a grandi en créant de la musique, en marge de la société, dans une petite ville, ou une petite communauté au nord de la Grande Bretagne. Par exemple, je viens d’une petite communauté d’Ireland. On a chacun beaucoup voyagé, lu des livres, on a les mêmes centres  d’intérêts car on devait en un sens s’échapper de l’endroit où nous vivions plus jeunes, on avait pas le choix, il n’y avait pas grand chose à faire.

Avez-vous des conseils pour de jeunes artistes qui vivent encore chez leurs parents mais veulent vivre de leur musique et de leur art? 

Hannah: N’abandonnez jamais.

Simon: Commencez à créer ce que vous voulez. Parfois, le meilleur travail que tu fais c’est celui que tu as créé dans la chambre de tes parents.

Erland: Les gens sont parfois surpris d’apprendre que le travail dont tu as passé le plus de temps n’est pas le meilleur. Ce que tu fais dans ta chambre en trente minutes, peut être la meilleure chose que tu as créé. Juste fais le. N’en parles pas, fais le.

Hannah: Oui, parles moins, agis plus.

Aimez-vous des festivals indépendants en Grande-Bretagne qu’on ne connait pas forcément en France?

Hannah: Green Man Festival, mais il est devenu « gros » maintenant. Mais ils ont une bonne mentalité et une bonne énergie.

Erland: Il y a une radio BBC 6 Music qui a pratiquement fermé car il n’y avait pas assez d’auditeurs. C’est la seule radio qui passe notre « genre » de musique, la bonne musique *rires*. Tu sais, c’est dur de faire en sorte que les radios nous diffusent, et que les auditeurs soient intéressés par ça. Quand ils ont essayé de fermer la radio, tout le monde a commencé à écouter et à se mobiliser pour la sauver. Ils ont donc fait un petit festival qui est désormais un grand festival. Ils ont de très bons DJ, qui jouaient avant dans des groupes.

Hannah: Il me semble que les groupes ont joué gratuitement pour ce festival justement pour ensuite être diffusés à l’antenne.

Erland: J’adore leurs DJs, ils sont vraiment là pour la musique et rien d’autre. Très bonne radio et très bon festival.

Simon: Je n’aime pas les festivals.

Erland: À vrai dire, j’ai tendance à être un peu claustrophobe sur les bords, je n’aime pas la foule donc j’aime bien les petits festivals où il n’y pas beaucoup de personnes et qui se déroulent dans de grands espaces.

 

L’album Prospect of Skelmersadale est désormais disponible via Full Time Hoby/PIAS. Vous pouvez vous le procurer ici. The Magnetic North sera de passage par la Maroquinerie de Paris le 30 mars prochain en compagnie de Dralms.

Soutenez The Magnetic North sur twitterFacebooksite officiel 

Propos recueillis par Inès Ziouane – Un grand merci à PIAS.

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