Interview: Thos Henley « Ce que j’adore, c’est partager. Faire découvrir de nouveaux trucs. je vis la musique. »

Il y a tout juste un mois, Karma Spirit vous présentait Thos Henley, un artiste britannique qu’on affectionne tout particulièrement. La semaine dernière, notre nouveau rédacteur Taha a eu l’occasion de le rencontrer afin de lui parler de son dernier album Blonde on Basically Ginger. Entretien à découvrir ci-dessous. Good vibes always, KS xx.

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« Thos et moi sommes donc dans les coulisses du Point Éphémère. Il est 15h passé. Thos vient de finir un photoshoot avec un autre magazine, et s’excuse platement auprès de moi quand il s’approche de moi. Il est plus grand que je ne l’imaginais. Je lui demande donc s’il est possible d’aller dans une pièce un peu plus calme que le bar où nous sommes. Il me demande de le suivre, et m’emmène dans une salle, de l’autre côté de la scène. Il règne dans la pièce une ambiance de décontraction et de bordel : des câbles s’entremêlent, des guitares et des amplis d’un côté, des ordinateurs et microphones de l’autre… Au milieu de tout cela : un tabouret, et un fauteuil, dans lequel nous nous installons. Il s’allume une cigarette. Il fait une pause dans ses répétitions, il donne un concert le lendemain. Je pose mon dictaphone, et lui, prend un cendrier.

Les artistes suivent parfois une progression assez impressionnante, quand ils commencent par des toutes petites salles, et finissent par remplir des stades.

Thos Henley : C’est vrai que c’est toujours incroyable, et ça force l’admiration, le respect. T’es pour un blog ? Je suppose que tu poses les questions, du coup ?

 Je suis là pour Karma Spirit, exactement ! Mais je préfèrerais plutôt envisager ça comme une conversation, si t’es d’accord… Donc, si on se voit aujourd’hui, c’est en grande partie pour discuter de ton nouvel album, Blonde On Basically Ginger… Dis moi, j’ai entendu dire que tu as écrit et produit cet album il y a un certain temps déjà ?

Thos: C’était il y a un an et quelques mois, moins d’un an et demi en tout cas ! C’était la dernière semaine avant mon départ de Paris. C’était un album que j’ai un peu enregistré à la hâte, dans la précipitation.

Tu as donc travaillé pour cet album avec Matthieu Geghre, Ben McConnell et Judah Warsky…

Thos : Oui ! Voilà Judah.

Il est assis à côté, à son piano. Un sourire, il nous écoute.

Judah Warsky : Yes, c’est moi !

Enchanté, Judah ! Dis-moi, Thos, en quoi la collaboration avec ces personnes a-t-elle influencé le processus d’écriture, de création, de ton album ? Dans quelle mesure t’ont-ils aidé à créer Blonde On Basically Ginger ?

Thos: Énormément ! Je trouve ça presque indécent, et cheap, de n’avoir que mon nom sur la couverture d’album. C’est un effort de groupe, un travail commun. J’ai écrit les morceaux, mais sans l’aide de mes musiciens, Blonde On Basically Ginger n’aurait été que moi, jouant de fausses notes au piano et chantant ! Mais j’ai la chance d’avoir un superbe pianiste, à mes côtés, Matthieu Geghre, un super bassiste, et un super batteur, aussi. Ils m’ont énormément aidé, sérieux. Et Judah… En fait, c’est notre album. J’ai écrit les morceaux, mais le concept de l’album au piano est le sien. Il m’a aidé à transposer ces textes au piano. Donc oui, plus qu’une aide, ils ont été un moteur de la création de cet album.

Tu as énormément voyagé, au cours de ton parcours. Comment est-ce tu retransmets cela dans ce que tu écris ?

Thos: C’est marrant, j’ai eu la même question, tout à l’heure ! Mais, tu vois, je n’ai pas de bonne réponse à t’apporter. J’ai dit à l’autre type : « Ce n’est pas les endroits que je visite. Les lieux n’influencent pas vraiment les chansons que j’écris. C’est plutôt l’idée… Le fait de voyager seul. J’ai du temps pour moi. Du temps pour penser, pour composer et écrire. » Je pense que c’est assez ambivalent. Tu te retrouves seul, physiquement comme émotionnellement, mais tu es libre. Les lieux ne jouent pas vraiment de rôle particulier dans l’écriture. C’est le fait de voyager, cette humeur, cette sensation. J’aime me retrouver dans cet état de flottement.

 Je comprends. Tu vis actuellement en Suède, et tu voyages régulièrement, du coup, entre la Suède et ici : tu reviens en Décembre, en Janvier… Ces aller-retours sont-ils aussi appréciables que les voyages que tu entreprends seul ?

Thos: Franchement ? J’adore être entre les deux pays. Je vivais à Paris, il y a quelques temps, et j’aime y revenir, revoir la ville, les gens. J’ai vécu à trois endroits différents : Voltaire, Ledru-Rollin, et dans les hauteurs de Montmartre… Le 11ème arrondissement était mon quartier. Pour moi, Paris se résume au 11ème. Aujourd’hui, je suis retourné dans mon ancien quartier, pour me promener, durant une bonne heure et demie. Tout a changé, depuis. Et pourtant, pas tant que ça. Tout semble différent, tout a évolué. J’avais un sentiment de nostalgie, en me promenant, de la vraie nostalgie. Certains coins de rue m’étaient familiers, je les reconnaissais, et pourtant… Je n’y étais plus.

Je te comprends. J’ai eu le même sentiment, après avoir vécu dans le sud de l’Allemagne. Dans la région de Stuttgart. J’y retourne de temps à autres, voir des potes.

Thos : C’est assez délicat, cette nostalgie. Je vivais en Allemagne, je connais bien la région. J’ai joué à Stuttgart plusieurs fois. C’est dingue, comme ville, t’as des vignobles partout. Et les fans… N’en parlons pas. Judah a fait une tournée en Autriche et en Allemagne, n’est-ce pas ? Ils sont vraiment un des meilleurs publics que tu puisses avoir.

Judah: Ils sont géniaux, super sympas, détente… Mais tu vois, c’était différent. J’étais en tournée pour Adam Green, et c’est une star. Le feeling était différent.

Thos: Tu connais The Moldy Peaches ? Judah était bassiste pour eux.

Judah : J’étais guitariste !

Thos: Oh merde ! Je pensais que t’étais bassiste. Et tu jouais quoi ?

Judah: J’ai emprunté une Squier Jaguar.

Thos: Le son… Super doux… Une de mes préférées, la Jaguar… Excuse moi, je dévie.

Non, ne t’en fais pas ! En parlant de jouer, qu’est-ce qui t’a fait passer de l’écoute musicale à la création?

Thos : J’ai toujours baigné dans la musique, d’une certaine manière. J’ai commencé à jouer dans un groupe à 13 ans, avant même de pouvoir comprendre, et d’apprécier la musique à sa juste valeur. On s’ennuyait, tu sais. J’ai grandi dans un petit village. Un de mes premiers contacts avec la musique s’est fait grâce à un pote, dont le frère, Scott, avait un groupe. Ils s’appelaient Stout, et ils étaient géniaux. J’avais 11 ans, la première fois que je les ai vus en concert, et ça m’a juste époustouflé. Et bordel, ils étaient super bons. C’était mes premiers pas dans la musique. Eux, et mon oncle, qui ressemblait à Elvis. Si Elvis était encore en vie, ce serait lui, qui aurait perdu du poids. C’était un gars de la marine, mon oncle, il a été voir Elvis en concert dans les années 50, à New-York. Plus tard, il m’a offert un CD de lui, qui a changé ma vie. C’était une sorte de best-of plein de demos, d’enregistrements pas finalisés, d’essais en studio… C’était du brut. Ce CD a vraiment changé ma vie. J’essaie de devenir un Elvis à ma propre manière, même si ça n’est pas encore tout à fait ça ! Quand je vais à des soirées karaoké, j’incarne plutôt bien Elvis, tu vois.

Judah commence à jouer quelques notes au piano de Suspiscious Minds, d’Elvis. Thos et lui chantent en chœur, quelques lignes.

Thos: Ça me rappelle un épisode : j’ai été faire une croisière, en Suède. Plutôt un trajet vers la Finlande, que tu prends si tu veux t’envoyer en l’air avec une grosse finnoise. Et les gens boivent comme des trous. Il y avait un karaoké, sur ce bateau, un de mes potes m’y a inscrit, au nom de Thomas James – mon deuxième prénom étant James – et ils ont appelé Thomas et James ! Les mecs du public s’attendaient à deux personnes, et je me suis pointé seul. La honte. On m’a filmé, et je chantais à tue-tête du Elvis, en imitant son déhanché, c’était un sacré truc.

Judah: Et d’ailleurs, pour les 10 ans du label, on fera un gros karaoké, avec du Elvis.

Thos: Je suis de la partie ! Compte sur moi. Désolé, désolé ! On reprend.

Du coup, tu dis qu’Elvis était une sorte d’inspiration pour toi. Qu’est-ce que tu espères que les gens tireront de ta musique, après qu’ils aient écouté ce que tu fais ? Quelles émotions voudrais-tu communiquer, et quelles humeurs ? Qu’est-ce qu’ils devraient éprouver ?

Thos: Super question… Je t’avoue n’y avoir jamais pensé. Mon dernier album, Blonde On Basically Ginger, est vraiment juste de la musique pop. Les chansons que j’adorais quand j’étais petit ont forgé ma vision de ce style si particulier. C’est du Paul McCartney, Elton John, Billy Joel… J’ai juste envie que les gens écoutent ma musique, et la prennent pour ce qu’elle est : de la musique pop, simple. Il y a bien évidemment un sens, derrière ce que j’écris, mais ce n’est pas un message politique, ou une déclaration, que je fais. C’est ce que je souhaite partager : de la musique pop.

Et concernant les émotions, quelle serait l’émotion humaine la plus forte, d’après toi?

TH : Wow. L’émotion humaine la plus forte… Je ne vais pas faire de politique, mais je dirais de la haine, pour l’instant. Le climat actuel me pousserait à te donner cette réponse. Mais je ne préfère ne pas m’aventurer sur ces terres là, pour rester correct, je dirais les maux de dos, tiens ! Ouais, les mots de dos !

D’accord ! 1994 et Frida font partie de mes morceaux préférés, sur Blonde On Basically Ginger. Tu as sorti un clip, pour la chanson Frida. En tant qu’artiste, on essaie de faire en sorte qu’une atmosphère se dégage de notre travail. Dans quelle mesure dirais-tu que l’identité visuelle de ta musique participe à la création de cette atmosphère?

Thos: Elle y participe énormément. Elle est essentielle parfois même à cette atmosphère. J’ai écrit Frida à propos de la fille d’un ami, née cette semaine là. La mère de Frida a regardé cette vidéo, et m’a confié qu’elle donnait un sens complètement différent à la chanson. Je me posais des questions quant à la vidéo, au moment où je l’ai réalisé. Quand j’avais écrit Frida, il s’agissait pour moi de cette enfant, Frida, ce visage. Et pourtant, après avoir entendu l’avis de sa mère, je me suis dit qu’effectivement, cela rendait la chanson plus universelle, qu’elle la complétait vraiment bien. Je ne sais pas si c’est vraiment une réponse à ta question, je m’excuse.

C’est parfait. Tu as rencontré Paul Williams, qu’est-ce que tu ressentais à ce moment là ? Est-ce que tu dirais que tu as été impressionné, d’une certaine manière?

Thos: Je t’avoue que j’étais ébloui, oui ! Mais j’ai essayé de me contenir. Ça aurait été vraiment gênant, autrement. On a passé près de 6 heures ensemble, donc ça n’aurait franchement pas été possible ! Au début, j’étais comme une fangirl, à un concert de Justin Bieber, hurlant intérieurement, et gigotant dans tous les sens ! Puis on m’a invité à dîner avec, donc j’allais passer des heures avec lui, je devais me ressaisir. J’ai essayé de ne pas trop en faire et de rester cool, d’avoir l’air cool. Je lui posais des questions de manière très anodine, l’air de dire « Ah oui, et cette histoire là, avec John Lennon … ? », comme si nous parlions de la pluie et du beau temps. Incroyable, cet homme. Bugsy Malone (Du rififi chez les mômes, en français), cette bande son, c’est ce avec quoi j’ai grandi. Il a écrit tellement de chansons incroyables, que je pourrais presque dire qu’il est méconnu, alors qu’il ne l’est pas, mais il est quand même méconnu !

Judah : Carrément méconnu !

Thos: J’en ai parlé à certains de mes amis, et ils me répondaient qu’ils ne savaient pas qui était Paul Williams… Bon, d’accord. Barbra Streisand, Evergreen, tout ça n’aurait pas été possible sans la patte de Paul Williams, et son travail derrière ! Il est vraiment un modèle, une source d’inspiration pour moi. Judah et moi en parlions, et disions qu’il est vraiment le roi du piano-pop. Et deux jours après, par hasard, lorsque je travaillais dans une librairie, on m’a dit que Paul Williams allait venir. J’étais abasourdi. Je n’en revenais pas : j’ai demandé à mon boss si c’était vraiment lui, et s’il pouvait m’organiser une rencontre, un dîner avec. Il nous racontait des histoires concernant le Lost Weekend (du film idoine), de John Lennon, cette période où il avait délaissé Yoko Ono : il s’est rendu à New-York, s’est adonné à tous types de drogues, et avait un comportement erratique, il se rendait à des concerts et hurlait sur les groupes. Mais ce qui n’est jamais dit, c’est que Paul Williams les accompagnait tout du long ! Il était là ! Lennon a produit un album, appelé Pussy Cats (de Harry Nilsson), où il s’est rompu une corde vocale pendant l’enregistrement, il saignait, mais il était embarrassé, donc il a continué à enregistrer comme ça. Tu l’entends dans sa voix, c’est juste incroyable, bien qu’il ne s’en soit jamais vraiment remis. Williams était là, tout au long du process, donc je me demande quel impact lui a eu. Il parlait de ces moments là, des Beach Boys, des Wrecking Crew, comme s’il les connaissait personnellement. Je m’étais fait tout petit, du coup !

Et atteindre un tel niveau de reconnaissance, ça ne t’a jamais tenté ? De quelle manière vois-tu les choses? Ou tu te satisfais du niveau actuel que tu as?

Thos : Oh. Je t’avoue ne pas avoir d’objectif à ce niveau là, quant à la célébrité, je veux simplement pouvoir continuer à écrire de la musique. Quand j’étais enfant, je voulais vraiment être connu. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait des plombiers, ou des maçons… Je me disais « Pourquoi ferais-tu donc ça, quand tu peux passer à la télé ? ». Mais maintenant, après avoir grandi, mûri et expérimenté la vraie vie, je me rends compte que je n’accorde plus d’importance à la célébrité. Je veux juste pouvoir faire de la musique, jouer et écrire. Et je pense ce que je dis, je pèse mes mots. Je ne suis pas du genre à devenir connu, puis crier sur tous les toits que c’est ce que j’ai toujours voulu. Certains amis ont atteint des niveaux de célébrité plus élevés, ont vu ce que c’est, et j’y ai assisté. Je n’y prête honnêtement pas attention. Cela peut sembler cliché, mais c’est ce que je pense.

Un dernier mot, à propos de ton dernier album Blonde On Basically Ginger?

Thos: Juste un mot ? Ginger, basically.

Thos et Judah commencent à rire. Les autres musiciens sont revenus, et je me rends compte que nous avons parlé une bonne vingtaine de minutes. Quand je lui demande de réaliser une playlist composée de cinq chansons, Thos s’assoit à mes côtés, prend mon ordinateur, et sourit. Il me confie «Ce que j’adore, c’est partager. Faire découvrir de nouveaux trucs. Je vis la musique.» Thos est content. Il a fait une interview, plus tôt dans l’après-midi, une séance photo, aime son album, sa musique, et son rythme de vie. Il s’en satisfait, et profite de l’instant. Ce qu’il aime, c’est la musique pop, son univers, sa vie, et il en parle merveilleusement bien dans Blonde On Basically Ginger. » 

Découvrez la playlist Karma Spirit de Thos Henley ci-dessous:

 

unnamedBlonde on Basically Ginger est disponible ici. Soutenez Thos Henley sur twitter – facebook. Vous pourrez retrouver Thos le 16 décembre prochain au Café de la Danse en première partie d’Arielle Dombasle & de Nicolas Ker (tickets), et le 19 janvier au Point Éphémère pour les 10 ans de Pan European Recording (complet).

Merci à Thos Henley pour sa gentillesse et disponibilité, à Pan European Recording et Total Blam Blam. ❤
Propos recueillis par Taha Chérif
Crédit photo: Antoine Backman. 

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